DIALOGUE NATIONAL : LES DESSOUS D’UNE MANŒUVRE POLITIQUE

Le lancement du dialogue politique a finalement eu lieu ce 28 mai. Deux jours avant, interrogé par un grand média national, nous n’avons pas manqué de faire part de nos appréhensions quant à l’opportunité, l’apport éventuel pour notre développement économique et social, et les objectifs poursuivis par la majorité actuelle en organisant cet évènement. Maintenant que le ton est lancé, nous sommes fondamentalement convaincus qu’il s’agit d’un piège tendu à l’opposition, inscrit dans le cadre d’un agenda politique.
Un grand penseur disait que pour décrypter un problème, il faut maîtriser son contexte et son prétexte. L’invite au dialogue a pour prétexte un désir de retrouvailles libérales APR/PDS exprimé par le Chef de l’Etat à l’occasion d’une présentation de condoléances à un de nos compatriotes. Quant au contexte, il est circonscrit par deux événements de portée importante dont l’un concerne le référendum du 20 mars et l’autre l’organisation annoncée des prochaines élections législatives en 2017.
Le premier événement qui relève maintenant du passé a eu un double mérite : d’une part montrer l’érosion des parts de suffrage acquis par la majorité au pouvoir et d’autre part étaler au grand jour des tares liées à l’organisation de notre processus électoral. Ce dernier renferme encore des germes inquiétants de division et de tensions sociales aggravées.
Quant aux prochaines élections législatives de 2017, prévues d’être organisées de manière non couplée avec la présidentielle, elles font naturellement courir à la majorité actuelle le risque d’une cohabitation, avec la possibilité pour la première fois au Sénégal d’avoir un Premier Ministre issu d’une nouvelle majorité. A la lumière de la tournure des débats entamés au Palais de la République, notre parti La Troisième Voie comprend désormais mieux les dessous des objectifs poursuivis par le dialogue national : les hypothèses retenues sont :
(i) Elargir la base électorale de la majorité présidentielle en trouvant le moyen d’y faire entrer le PDS. Coûts d’un tel calcul politique : un Gouvernement de majorité élargie dirigé par un Premier Ministre nommé dans les rangs de ce parti. La Présidence de Assemblée Nationale étant confiée à l’AFP et le Haut Conseil des Collectivités locales potentiellement dévolu au Parti socialiste, ce schéma pourrait d’après certains calculs politiques créer une stabilité sociale, et ouvrir de réelles chances de réélection à la coalition du Président Macky SALL en 2017 et 2019. L’autre contrepartie d’un tel scénario serait une grâce présidentielle accordée à Monsieur Karim WADE. Devant les réactions défavorables exprimées par l’opinion nationale mettant en garde sur de telles retrouvailles bilatérales qui pourraient être organisées en dehors des intérêts supérieurs du peuple Sénégal, les concepteurs du dialogue semblent avoir revu son format en préférant ériger un canevas de dialogue politique national élargi, sur fonds de mise en œuvre des points référendaires approuvés le 20 mars. C’est pourquoi, nous demeurons convaincus qu’en dehors du PDS, les autres partis pourraient être des « faire valoir ».
(ii) Diviser l’opposition en fragilisant les différentes coalitions du NON érigées pendant le référendum. Cet objectif commence à se concrétiser vu le refus de certains partis d’opposition de participer au dialogue national. A cela s’ajoute que les Responsables de l’opposition qui participent actuellement au dialogue courent un double risque : d’une part apparaître aux yeux de l’opinion publique nationale comme des Responsables en quête de strapontins ou de faveurs et d’autre part se retrouver dans l’impossibilité au moment des prochaines législatives de se démarquer du bilan du Pouvoir actuel. Dans une démocratie majeure, le peuple souhaite toujours avoir des contrepouvoirs forts qui jouent un rôle de veille dans le cadre d’une opposition constructive.
(iii) Redorer au plan international le blason de la majorité présidentielle terni par un renoncement à un engagement essentiel de réduction et d’application au Président de la République actuel du mandat de cinq ans. D’où cette grande communication politique de 8 heures d’horloge.
(iv) Profiter des délais que prendrait le dialogue pour reporter les élections législatives voire les coupler avec les élections présidentielles de 2019. Objectif éloigner le spectre de la cohabitation.
Le Gouvernement devrait aussi songer que cet appel au dialogue lancé à mi mandat dans un contexte de tensions sociales aggravées, de révélation par l’OFNAC de nombreux actes de mauvaise gestion dans les structures publiques, de classement du Sénégal parmi les pays les plus pauvres du Monde, de déconnexion entre les taux de croissance annoncés et le panier de la ménagère, de psychose née de la nourriture impropre déversée sur le marché sénégalais, pourrait être interprété par les citoyens comme un échec de sa politique. Cette lecture est exacerbée par l’ampleur des chantiers ouverts dans le dialogue qui ont trait à toutes les facettes de la vie nationale.
Une fois de plus, notre Parti réitère sa conviction que ce dialogue ne « portera pas ses fruits » pour plusieurs raisons
(i) Au Sénégal, tout à été discuté et écrit. Les solutions à nos problèmes sont connues. Nous avons de bons textes et programmes. Il manque seulement une volonté politique pour passer à leur application. Des réflexions complémentaires ne peuvent apporter que des éclairages marginaux. Ce dont notre pays a besoin c’est de se mettre au travail. Tous les pays qui se sont développés l’ont été par l’action. Discuter de comment le pays va partager dans 10 ans des revenus pétroliers et gaziers hypothétiques ne nous semble pas prioritaire par rapport à des arbitrages budgétaires à faire par exemple pour l’emploi et l’éducation. Passer encore des semaines, voir des mois entiers à discuter d’économie, de politique et de sociale, dans un contexte où les enseignants, les personnels de santé et les jeunes au chômage attendent de voir concrètement leurs doléances satisfaites s’apparente à un gâchis national.
(ii) Quelles que soient les conclusions qui sortiront de ce dialogue que nous considérons comme des « assises nationales bis », les Autorités actuelles, dont la capacité d’écoute n’est pas des plus grandes, pourraient encore être tentées de les ignorer ou d’en exploiter le minimum comme ce fus le cas s’agissant des réflexions menées par la CNRI. A titre d’illustration, de nombreux économistes continuent d’attirer depuis 2012 l’attention du Gouvernement sur les risques liés à la mise en œuvre du PSE, en vain. Parmi ceux-ci, une mauvaise qualité de la dépense publique, des institutions créées sans valeur ajoutée économique globale pour la nation et uniquement pour satisfaire une clientèle politique et des solutions inappropriées en matière de politique d’emploi des jeunes. A titre d’illustration aussi, les appels incessants au report du référendum du 20 mars dernier, non suivis d’effet. Pendant cette période, il convient de rappeler le cas de la France où, faute de consensus national, le Président Français Hollande avait jugé plus sage et respectueux de retirer son projet de révision constitutionnelle portant sur la déchéance de nationalité aux bis nationaux.
(iii) Les deux fenêtres de dialogue qui vaillent aujourd’hui d’être ouvertes au Sénégal, de notre point de vue, sont d’ordre politique et sécuritaire. Au plan politique, il s’agit d’apporter des correctifs à des règles électorales qui ont montré leurs limites (fichier, implication du Ministre de l’Intérieur dans l’organisation des scrutins, Réforme de la CENA, accès au Médias d’Etat etc..). Sous ce rapport, la position exprimée solennellement par le Chef de l’Etat à l’occasion de l’ouverture du dialogue, martelant son penchant pour le maintien d’un Ministre de l’Intérieur partisan, organisateur des élections, doit interpeler les différentes parties prenantes quant à la sincérité réelle du débat national engagé. Au plan sécuritaire, toutes les forces vives de la nation devraient être mises à contribution pour endiguer les menaces d’insécurité qui proviennent des conflits latents entre l’occident et l’islamisme et des Accords de Partenariat Economique qui menacent notre survie économique. Notre pays doit enfin arriver à instaurer de manière durable une démocratie normalisée, basée sur un respect du calendrier républicain selon la logique suivante : l’opposition s’oppose et la majorité gouverne. Les combines, ruses, et théâtralisation de nos concertations politiques devraient être évitées à l’avenir.

Notre parti la Troisième Voie estime que « le moment est venu pour le lion rouge de rougir » pour emprunter une expression utilisée par la Directrice Générale du Fonds Monétaire International Madame Christine Lagarde en marge d’une visite officielle au Sénégal le 30 janvier 2015. Il est temps de montrer à notre jeunesse qu’elle est une réelle priorité pour la nation. Les logiques de consensus recherchées dans le seul but de contenter une classe politique voir des élites au sens large devraient être proscrites de notre système démocratique au profit d’une véritable justice sociale qui place la jeunesse et les plus démunis au cœur des politiques publiques.
Magaye GAYE
Président du Parti La Troisième Voie
Ancien de la BOAD et du FAGACE
Gmcconseils@gmail.com
Tél 00221772450758

Saër DIAL

Rédacteur

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