Crise migratoire : l’Italie de plus en plus xénophobe avec des mesures qui indignent

La colère est montée d’un cran ce dimanche en Italie après que le ministère de l’Intérieur, dirigé par le leader d’extrême droite Matteo Salvini, a ordonné le transfert dans des centres d’hébergement de migrants qui avaient été accueillis dans un village de Calabre, présenté comme un modèle d’intégration.

Une mesure xénophobe qui ne détonne pas avec le programme politique mis en place par Matteo Salvini et ses alliés depuis plusieurs semaines.

Evacuation des migrants d’un village

Samedi, après l’arrestation début octobre du maire du village de Riace, Domenico Lucano, sous l’accusation d’avoir commis des irrégularités au profit des demandeurs d’asile, le ministère de l’Intérieur a ordonné le transfert vers des centres d’hébergement des migrants qui se sont installés dans le village.

Des sources au ministère, citées dimanche par des médias italiens, ont cependant semblé revenir sur le principe des transferts forcés, affirmant que les migrants « ne seraient transférés que s’ils sont volontaires ». Ceux qui choisiront de rester « ne bénéficieront plus du système d’accueil », ont ajouté ces sources.

Avec son parti la Ligue, Matteo Salvini fait de Riace un exemple de leur « guerre contre le business de l’immigration » alors que ce village est présenté par les partisans du maire comme une expérience phare d’intégration de nouveaux venus dans une commune moribonde.

« Stop Salvini. Ne fermez pas les yeux », a lancé l’Association nationale des partisans d’Italie (ANPI) dans un appel au Mouvement 5 étoiles (M5S), parti antisystème membre de la coalition au pouvoir aux côtés de la Ligue. L’ANPI a estimé que le gouvernement devrait plutôt partir en guerre contre le crime organisé en Calabre, bastion de la mafia.

Quelque 200 personnes qui se sont établies dans cette localité dépeuplée seront affectées, selon des médias italiens.

« Pour des raisons de décence, sur un territoire aussi beau et difficile que la Calabre, souvenez-vous que c’est la mafia qui devrait être poursuivie, et non un homme honnête comme (le maire) Lucano », a souligné l’ANPI.

L’initiative du maire Domenico Lucano, dont le programme d’accueil des migrants a été accompagné de la restauration de maisons abandonnées et de la réouverture d’ateliers d’artisans, a été présentée comme un modèle pouvant être reproduit pour faire revivre d’autres communes moribondes.

Il a été placé en résidence surveillée notamment sous l’accusation d’avoir organisé des « mariages de convenance » au profit de demandeurs d’asile. Ses avocats s’apprêtent à faire appel contre le ministère.

« Si Lucano est (considéré comme) le danger en Calabre, ça veut dire que la mafia est en train de gagner », a averti de son côté l’ancien maire de Naples, Luigi de Magistris, qui a été pendant neuf ans procureur en Calabre.

« Si le gouvernement décide de déporter les victimes fragiles et persécutées de régimes d’oppresseurs dans le monde, Riace doit devenir un bastion de la résistance », a-t-il ajouté.

Fermetures « ethniques » de commerces  

La mesure xénophobe fait écho au live donné par Matteo Salvini sur le réseau social Facebook le 11 octobre dernier.

Il y annonçait vouloir imposer un horaire de fermeture des supérettes qu’il nomme « ethniques ». Comprenez : tous les petits magasins tenus par des étrangers devront fermer à 21 heures. Un couvre-feu censé « limiter les abus et les irrégularités de certains magasins, presque tous gérés par des citoyens étrangers, qui sont devenus des refuges pour ceux qui troublent l’ordre public ».

La mesure discriminatoire rappelle à certains internautes celles prises contre les juifs sous le IIIe Reich, notamment comme le boycott des magasins juifs. D’ailleurs, les détracteurs de Matteo Salvini ne se privent pas pour le représenter doté d’une moustache hitlérienne ou revêtant le costume de nazi.

Enfants étrangers privés de cantine

Même les enfants ne sont pas épargnés par les discriminations anti-migrants du leader d’extrême droite qui peut compter sur la maire de Lodi (un village du Nord), membre de La Ligue, pour faire adopter des résolutions xénophobes.

« Grâce » à elle, depuis cette rentrée scolaire, les familles étrangères doivent déclarer leur patrimoine, en Italie mais aussi dans leur pays d’origine. Faute de quoi elles se verront interdites du système de ramassage scolaire et elles auront le droit au tarif le plus cher à la cantine pour leurs enfants. Quant à ceux qui amènent leur propre déjeuner, ils n’ont désormais plus le droit de s’installer à côté de ceux qui mangent à la cantine. Trois cents enfants seraient concernés par la mesure.

De quoi susciter des réactions indignées. L’autorité italienne garante des droits des enfants n’a pas tardé à réagir. Sa directrice,  Filomena Albano, a lancé au quotidien « La Repubblica » :

« Tous les enfants doivent être réadmis à la cantine immédiatement. Il est impensable de forcer de jeunes enfants à manger seuls, séparés de leurs camarades de classe parce que leurs parents ne peuvent pas payer. »

Source nouvelobs.com

Momar Diack SECK
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