Côte d’Ivoire : un des événements touristiques majeurs du pays gâché par des dissensions

La fête séculaire de l’Abissa, un des événements touristiques majeurs de Côte d’Ivoire, n’a pas eu lieu dans la cité historique de Grand-Bassam samedi, en raison des dissensions qui persistent un mois après les élections municipales aux résultats contestés.

Cette fête, qui dure normalement une semaine, attire 300.000 à 400.000 touristes en une semaine, ivoiriens et étrangers, selon le président du comité d’organisation, Jean-Baptiste Amichia. Son annulation représente une grosse perte pour l’économie de cette ville de 100.000 habitants située à 30 kilomètres d’Abidjan.

« Normalement il y a plein de monde, mais ce soir il y a très peu de clients », regrette Denise Adja, qui tient un maquis (petit restaurant) de poisson et de poulet braisés non loin de la place où devait se dérouler la fête. « J’avais acheté beaucoup (de stock), on va mettre au congélateur pour essayer de vendre plus tard ».

Tout le quartier « France » de la cité balnéaire, dont les bâtiments coloniaux sont classés au patrimoine mondial par l’Unesco, était quadrillé par la police qui avait déployé des centaines d’hommes.

L’Abissa, qui marque le passage à la nouvelle année pour le peuple n’Zima kotoko, est une danse sacrée pour éloigner les calamités. C’est aussi un moment de dialogue entre les sept grandes familles N’Zima et avec le roi, qui permet de régler pacifiquement les querelles par le dialogue.

Or une partie du peuple conteste le roi Amon Tanoe, depuis qu’il a pris parti pour le candidat du pouvoir aux élections municipales du 13 octobre, sortant de son rôle traditionnellement apolitique.

Depuis, des troubles ont lieu régulièrement à Grand-Bassam. La ville est devenue l’épicentre des contentieux électoraux après les élections municipales et régionales, qui se chiffrent à plus d’une centaine à travers toute la Côte d’Ivoire.

Samedi après-midi, la cérémonie de l’Abissa s’est limitée à une sortie des tam-tams sacrés, qui ont résonné une vingtaine de minutes, ont rapporté des journalistes de l’AFP. Le peuple n’a pas dansé, et le roi n’est pas sorti de son palais pour saluer.

– Boycottage –

« La tradition a été respectée, la famille détentrice des tam-tams a satisfait ses obligations pour éloigner les calamités du peuple pour l’année à venir en jouant les trois rythmes traditionnels », a tenté de justifier Jean-Baptiste Amichia, manifestement embarrassé.

« Il y a eu un boycottage, la crise n’est pas éteinte », a cependant confié à l’AFP le président du comité d’animation, Antoine Eboï.

« Je suis déçue, on ne comprend pas ce qui s’est passé », s’attriste Emmanuella Akoblan Ahoubé, une habitante d’Abidjan originaire de Bassam venue pour la fête.

L’annulation de la fête, « c’est une grande perte pour nous, une baisse de 70% de notre chiffre d’affaires sur deux semaines par rapport aux années passées », a expliqué Alassane Ouattara, président de l’association des hôteliers et restaurateurs de Grand Bassam. « Normalement nos réceptifs font le plein, les hôtels comme les restaurants, là nous n’avons eu personne ».

« Les retombées financières de l’Abissa sont estimées à 500 millions de francs CFA (750.000 euros) pour l’économie locale », selon Jean-Baptiste Amichia.

« Ce n’est pas seulement une perte économique, c’est une perte d’image aussi. Il a fallu 15 à 20 ans pour faire de l’Abissa un rendez-vous touristique international », a-t-il expliqué.

« Depuis les élections, même les gens d’Abidjan ont peur de venir », explique M. Ouattara. « Déjà on a eu du mal à se remettre de l’attaque jihadiste » (qui avait frappé Grand-Bassam en mars 2016, faisant 19 morts), on avait passé quasiment un an sans travailler ».

Mercredi pourtant, les prêtresses de l’Abissa avaient procédé à une cérémonie de purification de la place pour que l’évènement puisse se tenir.

Pendant trois heures, elles avaient prié, chanté et dansé pour apaiser les esprits et chasser les malheurs vers l’océan, aspergeant la place de l’Abissa d’une potion faite d’un mélange de plantes médicinales et de kaolin, additionné d’œufs et de rhum, pour éteindre symboliquement le feu de la discorde.

La cérémonie minimum avec les tam-tams samedi permettra cependant de faire de nouveau l’Abissa l’an prochain, sinon il aurait fallu attendre cinq ans, a justifié M. Amichia après l’annulation de la fête.

Source VOA Afrique

 

Dieyna SENE
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