Afrique les achats publics profitent à l’agriculture familiale et à l’alimentation scolaire Un partenariat novateur opérationnel au Sénégal

Inspiré par le succès du Brésil en matière de lutte contre la faim et la pauvreté, le programme Achat d’aliments locaux de l’Afrique aux Africains PAA-Africa (contraction de l’anglais Purchase from Africa for Africans) promeut la production agricole locale tout en améliorant les moyens d’existence et la nutrition.

PAA-Africa est mis en œuvre par l’Ethiopie, le Malawi, le Mozambique, le Niger et le Sénégal sous la supervision technique et l’expertise de la FAO et du Programme alimentaire mondial (PAM). A l’aube de sa troisième année d’exécution, ses résultats sont prometteurs, indique un rapport récemment diffusé.

Ce programme démontre que l’achat par les pouvoirs publics de la production des petites exploitations agricoles familiales – figurant souvent parmi les catégories les plus marginalisées – contribue aux efforts déployés par les pays en développement pour lutter contre la pauvreté rurale.

Agriculture et protection sociale

Tout comme l’initiative brésilienne Faim Zéro de laquelle il s’inspire, PAA-Africa montre comment l’intégration des interventions agricoles et des amortisseurs sociaux (filets de sécurité sociale) pour la réduction de la pauvreté promeut l’inclusion productive sur le marché des petits agriculteurs de subsistance qui jouissent déjà d’un certain potentiel agricole et social.

Pour PAA-Africa, ce type d’intégration renforce l’impact des achats d’aliments locaux sur les moyens d’existence des participants au programme et favorise l’établissement de modèles de développement rural durable en associant de manière cohérente interventions agricoles, achats d’aliments locaux et protection sociale.

A titre d’exemple, au Sénégal, le programme cible les plus vulnérables dans une région à déficit alimentaire où les agriculteurs ont été durement touchés par les sécheresses récentes. Ces agriculteurs ont non seulement reçu des intrants (semences de riz et sessions de formation), mais ils ont également bénéficié, grâce à PAA-Africa, d’un marché prévisible et garanti pour y écouler une partie de leur production.

PAA-Africa est aussi un exemple de Coopération Sud-Sud, une approche de développement prônée par la FAO et fondée sur le partage des connaissances, des expériences et des technologies entre pays de l’hémisphère Sud.

La FAO explore actuellement une multitude d’approches pour les programmes d’achats publics en analysant plusieurs étude de cas dont celui du Brésil.

Elle fournit aux gouvernements une assistance technique en matière de politiques et de planification, tandis que ses experts travaillent aux côtés des agriculteurs familiaux pour les aider à obtenir des gains durables de la productivité agricole et améliorer leurs techniques de récolte et post-récolte, notamment la construction de silos – le double objectif étant l’amélioration de la qualité des produits de la ferme et la réduction des pertes et des déchets agricoles.

Le gouvernement brésilien et le Département du Royaume-Uni pour le développement international (DFID) financent ces programmes d’achats d’aliments locaux de l’Afrique pour les Africains.

Des résultats notables

Les quelque 5 500 petites exploitations agricoles familiales qui ont participé au programme PAA-Africa ont, jusqu’à présent, réussi à accroître leur productivité de 115 pour cent. Cela est dû en grande partie à un meilleur accès aux intrants agricoles, notamment les semences et les engrais, et à l’utilisation de nouvelles techniques agricoles acquises lors des sessions de formation du programme. A cet égard, il y a lieu de citer une technique consistant à associer légumineuses et céréales sur une même parcelle.

Bien qu’ils assurent 80 pour cent de l’approvisionnement alimentaire de l’Afrique subsaharienne, les petits agriculteurs – en particulier les femmes – sont souvent confrontés à l’inefficacité des systèmes alimentaires locaux et souffrent du manque d’accès à des marchés inclusifs.

Toutefois il convient de signaler que les programmes lancés dans le cadre de PAA-Africa ont réussi à garantir l’accès aux marchés à en moyenne 37 pour cent de la nourriture produite, aidant ainsi les agriculteurs familiaux à se procurer des revenus grâce à la vente des excédents de leur production alimentaire après satisfaction de leurs propres besoins alimentaires.

Au cours des deux premières années du programme, quelque 1 000 tonnes de produits alimentaires achetés localement par les pouvoirs publics ont permis de préparer régulièrement des repas scolaires à environ 128 000 élèves dans 420 établissements scolaires. Et grâce à PAA-Africa, le PAM, dans le cadre de son initiative P4P (purchase for Progress) a testé différents modes d’achat direct auprès des organisations d’agriculture familiale.

Source Jeune Afrique

Momar Diack SECK
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