Mariage forcé : Quand les jeunes filles victimes se lâchent

Malgré son interdiction par la loi, la pratique du mariage forcé continue  de rythmer  le quotidien de la société sénégalaise. Beaucoup de jeunes filles et de femmes  sont  aujourd’hui victimes de cette pratique qui est passée sous silence. Des témoignages poignants en disent long sur ce phénomène qui a atteint des proportions insoupçonnées au Sénégal.

Le mariage qui unit en général par consentement deux êtres humains qui s’aiment, vient de recevoir un sacré coup avec la pratique du mariage forcé qui, pour la plupart du temps est basé sur l’intérêt.

Beaucoup de femmes et de jeunes filles sont mariées sans leur consentement. Ce sont leurs parents qui  choisissent à leur place l’homme idéal pour fonder une famille.

Ces touchants témoignages…

« Mes parents m’ont forcé à épouser mon cousin, un émigré vivant en France depuis plus de 10 ans. J’avoue que je n’aime pas mon mari. Je ne ressens absolument rien pour lui. Au début, ils m’ont clairement dit que si je ne me marie pas avec ce dernier, ils vont rompre tout lien avec moi. J’ai usé toutes les voies possibles pour les faire revenir sur leur décision mais rien. Aujourd’hui, je vis avec mon mari qui est convaincu que je ne l’aime pas », témoigne Ndéye.

Elle estime qu’elle sait très bien que le mariage forcé est interdit par la loi mais elle ne veut pas traîner ses parents en justice.

« Sincèrement mes parents m’ont fait un tord en forçant à me marier avec un homme dont je ne suis pas amoureux. Au début, quand mon mari voulait accomplir son devoir d’époux, je me mettais à crier et il recule. Nous avons vécu cette situation pendant des mois. Et un jour, il m’a droguée pour pouvoir me pénétrer. Avec le temps avec l’intervention de mes parents, nous avons commencé à entretenir des relations sexuelles mais j’avoue que je ne ressens aucun plaisir », raconte Ndéye.

Nogaye mariée contre sa volonté à l’ami de son propre père

Contrairement à Ndéye, la jeune Nogoye est donnée en mariage forcé à un ami de son propre père, un riche commerçant.

« Je suis très malheureuse car mes parents m’ont forcée à épouser un vieil homme. Je suis sa troisième épouse. Ils ne m’ont même pas demandé mon avis. Ils m’ont tout juste informée qu’ils allaient me donner en mariage la semaine prochaine. J’avoue que j’ai même tenté de me suicider mais mes copines m’ont dissuadée. Aujourd’hui je suis tellement angoissée que j’ai fait deux fausses couches successives. Parfois quand mon mari a besoin de moi au lit, je lui dis que j’ai vu mes règles alors qu’il en est rien. C’est dur de partager le même lit avec un être qu’on n’aime pas. Vraiment je suis très remontée contre  mes parents », témoigne Nogoye.

Beaucoup de victimes préfèrent garder le silence pour ne trop gêner les parents.

« Les parents  font parfois des choses qui portent préjudice à leurs enfants. Je n’ai jamais pensé que mes parents allaient pousser dans les bras d’un homme dont je ne suis pas amoureuse. Ils m’ont signifié qu’ils ont déjà encaissé l’argent de l’homme qui devait me marier sans mon consentement. Je suis obligée d’accepter le mariage même si je ne suis pas amoureuse de ce dernier. Aujourd’hui, je souffre dans mon fort intérieur. Je prends des pilules pour ne tomber enceinte », renseigne une jeune fille, victime.

La pratique du mariage forcé est passée sous silence, c’est ce qui explique le fait  que beaucoup de gens croient que c’est un phénomène révolu depuis très longtemps.

« Dans la société traditionnelle, les femmes ne connaissaient même pas leur mari. On leur disait tout simplement qu’on t’a donnée en mariage à un tel. Et elles n’osaient même pas réagir à l’époque. Sincèrement je croyais que cette pratique était derrière nous. Cependant les gens continuent toujours à pratiquer le mariage forcé dans notre société », note une dame de la quarantaine sonnée.

Cette pratique ouvre la voie à l’adultère et l’infanticide !

Beaucoup de jeunes filles ou femmes, victimes de mariage forcé, commettent parfois l’adultère.

Une victime de dire : « Je suis victime de mariage forcé et je ne suis pas amoureuse de mon mari. C’est la raison pour laquelle, je continue à voir mon ancien petit copain parce que c’est lui que j’aime. Actuellement, je commets l’adultère parce qu’on couche ensemble ».

Beaucoup de victimes ne savent plus à quel saint se vouer, ce qui les pousse parfois à avoir des relations extraconjugales.

« Ma sœur à qui, on avait forcé à se marier avec un cousin établi en Belgique, est tombée enceinte des œuvres de son ancien petit copain. C’est ce dernier dont elle est tombée amoureuse mais mes parents ont choisi à sa place un autre homme. Ce sont mes parents qui sont responsables. C’est à cause d’eux qu’elle a commis l’adultère », témoigne Saly.

«  J’ai connu une femme par le biais de l’internet. A chaque qu’elle me rendait visite, on faisait l’amour. Presque on est sorti ensemble durant trois mois. Elle passait durant tout le temps qu’a duré notre relation, à faire l’amour avec moi. C’est un beau jour qu’elle m’a avoué qu’elle est mariée. Et elle n’aimait pas son mari et ce sont ses parents qui l’ont poussée à se marier avec ce dernier qui est très riche. Elle m’a avoué que lorsqu’elle fait l’amour avec son mari, elle n’éprouve aucun plaisir mais avec moi, elle a repris le goût à la vie. C’est ainsi que j’ai mis fin à notre relation » raconte un homme.

Il poursuit : «  Je connais une  jeune de mon quartier, victime de mariage forcé, elle a commis l’infanticide. Elle a tué l’enfant qu’elle a eu durant une relation adultérine ».

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

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